Sur la table, une lettre d'adieux,
en deux parties.
La première est adressée à un voyageur quelconque de passage ;
ça y est.
La maladie est en train de consumer mes dernières forces.
Ironique de constater que je vais m’éteindre a un age canonique,
quand tout le monde — moi y compris — pensait que la bouteille m'emporterait avant 60 ans.
Une fois cette lettre terminée, j'irai nourrir une dernière fois mon petit pote le ventousier
et m'asseoir au bord du fleuve, pour lui dire adieux
avant que la faucheuse ne vienne me chercher.
Peut-être qu'elle acceptera de partager un dernier verre avec moi, qui sait ?
À toi, celui qui trouveras ces pages, je m'excuse par avance
du triste spectacle qu'offrira ma dépouille.
Si tu pouvais avoir la gentillesse de la mettre dans sa dernière demeure,
tout est prêt dehors : une belle fosse et une croix gravée pour faire bonne mesure.
Sinon, tant pis, les crocodiles s'en chargeront.
Si tu veux boire un verre a ma santé, je t'en prie, sers-toi...
Mais je te serai reconnaissant de laisser cette note ici :
mon vieil ami Alexandre doit bientôt passer,
et j'ai quelques mots a lui dire dans les prochaines pages...
Il est question des ventousiers dans le Carnet de voyage de Valembois (4, 2 cf
#33).
On aura l'occasion de rencontrer celui qui était le "pote" de Luis un peu plus loin,
près de sa tombe.