Marrant ça! Je lis ta remarque juste au moment où je poste.

(Justement je voulais finir ma critique aujourd'hui, après avoir fini le jeu hier soir.)
L’Île Noyée de B. Sokal
(Whodonit : who likes it?)
Une tour gigantesque dans le plus beau style des années 30 où chaque pièce chaque élément est soigneusement défini ; tout est luxueux, varié et… en voie de destruction. La mort du milliardaire fou qui a fait bâtir cette architecture insolente met un terme définitif à ses rêves de hauteur. L’activité sismique de l’archipel se réveille. Les quelques personnes présentes sur l’île de Sagorah ont toutes d’excellentes raisons de se débarrasser d’un milliardaire encombrant et vicieux, et font des suspects de choix pour l’enquêteur venu sur les lieux parce qu’il avait la malchance de passer ses vacances pas loin de là. Dix suspects en tout, ça commence à vous rappeler quelque chose, non ?
Ambiance et graphisme : c’est magnifique (lumière, paysage, architecture) et délicieusement pourri (milliardaire, famille, héritage…). De vastes décors qu’il faut visiter de long en large, et parcourir encore même quand on les connaît : ça tombe bien, ils sont superbes. Une île sous la pluie avec des palmiers qui s’agitent au vent avec une violence telle qu’ils manquent de se déraciner.
Deux excellentes idées enrichissent l’idée (classique) de l’isolement des suspects. D’abord celle d’avoir recours à un symbole cocasse, un peu phallique, pour illustrer la vanité de cette fortune exubérante : un
Manhattan réduit à un gratte-ciel, juché sur un confetto d’archipel.
L’autre idée (excellente) est celle d’avoir voulu replier le décor sur les suspects, parallèlement à l’intrigue. La tour, qui se dégrade davantage de jour en jour, sombre petit à petit dans l’océan. Les distances se réduisent entre les protagonistes, ce qui réduit d’autant leur patience à se supporter les uns et les autres.
L’histoire : bien ficelée pour un « whodonit » mais j’ai eu plus l’impression de lire un Agatha Christie ou de mater un épisode d’Hercule Poirot que de mener une enquête. Au bout d’un moment, insensiblement, l’ennui survient. C’est un peu vache de dire ça alors que les rebondissements arrivent à point nommé pour relancer l’intérêt du truc, que les dialogues sont plutôt pas mal écrits, que l’étau se resserre (et moi aussi, allez, une petite bière)… Mais il n’y a rien à faire, je n’accroche pas des masses à ce genre.
Le jeu : en fait, ce n’est vraiment pas compliqué. Tu fouilles partout, tu interroges tout le monde, tu accumules les indices, tu compares. Pour être synthétique, je dirais que le game play indisposera ceux qui n’aiment pas refaire trente-six fois les mêmes trajets, ceux qui détestent garder trop longtemps le nez dans un inventaire pléthorique, et enfin ceux qui apprécient moyennement la chasse au pixel.
Ceux qui aiment les énigmes resteront sur leur faim, il y en a encore moins que dans
Paradise. Par exemple, si je suis restée bloquée au dernier chapitre (la seule fois), c’est uniquement parce que je n’avais pas vu un truc au sol dans un endroit que j’avais déjà balayé de long en large (avec la souris).
Contrairement à la
Boucle d’argent, un jeu d’enquête du même acabit, j’ai terminé celui-ci (sans trop m’ennuyer). Conclusion : dans son genre, ce jeu est une réussite, encore faut-il aimer le genre.
Ma note personnelle 13 / 20