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07-04-2026, 05:12
(Modification du message : 07-04-2026, 06:17 par jefftom.)
Troisième période (septembre 1937 - avril 1938)
Anna reprend son journal après quatre années d'Université.
10 septembre 1937
Quelle drôle d'impression de retrouver ce journal.
Et après ma première impulsion de vouloir le déchirer,
je ne résiste pas à l'envie d'écrire un peu.
Me voilà seule dans mon cher grenier.
Je suis revenue à la maison depuis deux mois
et, après un été passé sous le signe d'intenses retrouvailles entre mon frère et moi,
Hans a repris le chemin de l'usine.
Père a bien vieilli
et Gertrud a de l'arthrose maintenant qui la fait terriblement souffrir.
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13 septembre 1937
Tout compte fait ces quatre ans passés ont été favorables à Père et Hans.
Leurs rapports sont moins tendus.
Ils ne se parlent pas beaucoup plus,
mais maintenant ils ont une chose en commun : l'usine !
Je crois que j'en suis suis même un peu jalouse, c'est bête.
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17 septembre 1937
Hans n'a pas changé !
Il a conçu pour aider Gertrud une cuisine complètement automatisée,
et celle-ci n'arrête pas de pester contre chaque pantin de bois.
Je les adore !
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9 octobre 1937
Je suis allée voir travailler Père et Hans.
Il y avait longtemps que je n'avais pas mis les pieds à l'usine,
c'est fou comme elle a changé.
Et puis je crois que l'étais très curieuse de les regarder vaquer à leurs affaires.
J'aime beaucoup le bureau de Père.
Hans, lui, s'est installé dans un petit local du rez-de-chaussée :
fouillis avec plein de pièces détachées, d'automates non terminés, de dessins, de plans :
exactement comme je me l'imaginais !
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15 octobre 1937
L'usine marche bien.
Les commandes de jouets n'arrêtent pas de tomber, surtout en cette période.
C'est vrai que même à l'université, quand je disais m'appeler Voralberg,
on me demandait si j'avais un rapport avec la fabrique de Valadilène.
Et je sais que le génie de Hans y est pour beaucoup.
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2 novembre 1937
Pour me sentir utile, j'ai commencé à aider Père à mettre de l'ordre dans les papiers administratifs.
Et le plus extraordinaire dans tout ça,
c'est que j'ai l'impression que, pour la première fois,
nous formons tous les trois une vraie famille !
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8 décembre 1937
Hans me surprendra toujours :
son comportement à l'usine et à la maison est si différent.
À l'atelier, il est sérieux, concentré :
un petit bonhomme qui suit tout, qui est partout, qui contrôle tout.
On a l'impression que chaque jouet est son bébé.
Et à la maison, il redevient un véritable gamin,
boudeur, farceur et insouciant.
_________________________
Noël 1937
Le plus beau de ma vie.
Avec Hans nous n'avons pas cessé de rire comme des gosses,
sous l’œil réprobateur de Père.
Mais je sais que pour ne fois il se forçait.
Nous sommes tous plein d'espoir.
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5 janvier 1938
Hans est venu me trouver dans ma chambre hier soir.
Je le sentais terriblement gêné et embarrassé.
Effectivement, si j'avais pu me douter.
Il veut partir ! Partir de Valadilène.
Quitter la maison. Abandonner l'usine.
Il veut voyager il ne sait pas où ;
il ne sait pas pour combien de temps.
Ça lui ressemble bien !
Sous le choc, je lui ai dit que son projet était stupide.
Il est sorti de ma chambre sans un mot, tout triste.
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7 janvier 1938
Moi qui croyais qu'il voulait partir à cause de Père.
Et non ! Les mammouths.
Il veut partir à la recherche de mammouths !
Moi qui croyais que cette obsession était du passé.
Et je connais trop bien mon frère,
lui dire que sa quête est illusoire est inutile :
la raison ne peut l'atteindre.
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10 janvier 1938
Quelle égoïste j'ai été l'autre soir.
Je suis retournée lui parler,
lui demander tout doucement s'il était certain de sa décision.
Mais je connaissais d'avance la réponse,
car rien ne le fera changer d'avis.
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19 janvier 1938
Malgré mon immense tristesse et mon profond désespoir,
il faut que je l'aide à accomplir son destin
et à annoncer la nouvelle à Père.
Je crains le pire.
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24 janvier 1938
Le pire était peu de chose !
La colère de Père fut effroyable.
Il a enfermé Hans dans son local à l'usine,
interdisant toute visite,
sauf Gertrud pour lui apporter à manger.
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1er février 1938
Père m'a confirmé que Hans resterait enfermé
tant qu'il maintiendrait sa décision infantile.
Gertrud me dit que Hans est à la fois si abattu et si décidé.
Je vais devenir folle !
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6 février 1938
Dès que Gertrud revient de l'usine,
je m'empresse de prendre les dernières nouvelles de mon petit frère.
"il ne dit rien et traficote" me répond-elle dans un soupir répétitif.
Je tente désespérément de raisonner Père.
Mais c'est chaque fois peine perdue.
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9 février 1938
Hans a dix-huit ans aujourd'hui.
Et il est tout seul pour son anniversaire.
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20 février 1938
Gertrud m'a remis en cachette un petit automate de la part de Hans.
C'est nous enfants !
Il fonctionne avec un minuscule cylindre.
Je tremblais d'émotion en remontant la clef.
Son message était simple :
il disait qu'il m'aimait très, très fort.
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21 février 1938
Gertrud m'a donné un nouveau minuscule cylindre.
Hans est véritablement incroyable,
il a trouvé un moyen pour que nous communiquions rien que nous deux en secret.
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27 février 1938
Mes journées se passent dans l'attente des messages de Hans.
Il est maintenant décidé à s'enfuir.
Il préparer son évasion, comme si c'était un jeu !
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6 mars 1938
Gertrud est revenue affolée :
Hans a disparu !
Père n'a même pas daigné pénétrer dans le local où était séquestré son fils,
ni cherché à comprendre comment il avait réussi à s'échapper.
Il m'a juste jeté un regard noir,
comme s'il avait deviné que je savais ce qui se tramait dans son dos.
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09-04-2026, 06:03
(Modification du message : 09-04-2026, 06:03 par jefftom.)
7 mars 1938
Je commence à réaliser que Hans n'est plus là.
Il me manque déjà tant !
Mon Dieu, protégez mon petit frère,
veillez sur lui à ma place.
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11 mars 1938
Hans parti, Père enfermé jour et nuit à l'usine,
la maison est sinistre.
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(Modification du message : 09-04-2026, 09:50 par jefftom.)
12 mars 1938
Ce matin j'ai surpris Père au salon en train d'installer un cercueil sur des tréteaux.
Cette vision m'a glacé le sang.
Que complote-t-il ?Il reste muet à mes questions.
Et toujours ce regard noir.
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13 mars 1938
Avec ses rideaux tirés et les immenses cierges
qui maintenant encadrent le cercueil,
le salon est devenu une véritable chambre funéraire.
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10-04-2026, 05:17
(Modification du message : 10-04-2026, 10:35 par jefftom.)
14 mars 1938
C'est horrible.
Je viens de comprendre ce que préparais Père.
Ce matin monsieur le curé est venu se recueillir devant le cercueil
et j'ai finalement compris qu'il pleurait la mort de Hans !
Père a fait croire que son fils était mort !
Comment peut-on en arriver là ?
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16 mars 1938
La folie douloureuse de mon père se transforme
en une machiavélique machination.
Il a extirpé de son vieil ami, le docteur Schmol,
un certificat de décès en bonne et due forme,
sans que celui-ci ne voie le corps !
Je n'ose imaginer ce qu'il a pu lui raconter.
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17 mars 1938
Les obsèques de Hans seront célébrées officiellement dimanche prochain.
Père m'a interdit formellement d'y être.
Cette sordide mascarade me rend malade.
Mais la dénoncer, c'est dévoiler aux yeux de tous la fragilité mentale de mon père.
Et il en mourra de honte, c'est sûr.
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C'est donc le dimanche 22 mars 1938 qu'ont lieu obsèques de Hans Voralberg,
à l'issue desquelles un cercueil vide est mis au caveau.
Lle jour est inféré à partir de celui de l'annonce de la Gazette (voir plus loin)
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(Modification du message : 10-04-2026, 10:37 par jefftom.)
23 mars 1938
Je devrais partir aussi.
Loin, très loin.
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23 avril 1938
Non, je ne partirai pas.
J'ai longuement réfléchi.
Ma vie est ici auprès de mon père ;
il a trop besoin de moi maintenant.
L'usine aussi a besoin de moi,
car Père n'est plus capable de la diriger.
D'ailleurs aujourd'hui je ne me sens bien qu'au milieu des automates de Hans.
Et puis, quand il m'enverra des nouvelles,
comment le saurais-je si je ne suis pas à la maison pour les attendre.
Non je ne partirai pas.
Mon destin est de rester et de veiller.
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(Modification du message : 13-04-2026, 07:47 par jefftom.)
Dessin fait par Anna pour Momo, à partir de la gravure faite par Hans
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