25-08-2011, 10:32
Steve Jobs démissionne de son poste de CEO (PDG) d'Apple. Il reste présent dans le conseil d'administration mais n'est plus le capitaine. Il a préparé sa succession et laisse son dauphin, Tim Cook en place.
L'occasion d'un petit retour sur l'œuvre accomplie :
Les principaux apports de Jobs à Apple depuis son retour à la fin des années 1990 ont été :
- la réduction drastique du catalogue informatique d'Apple au profit d'un nombre réduit de produits, dans des gammes originales qui redéfinissent le marché : le desktop compact (Mac mini), le portable ultra-plat (MacBook Air), le tout-en-un géant (iMac)
- le refus de la course à la puissance (pour limiter la fragmentation mais surtout : pour ne pas perdre M. et Mme Tout le monde dans un obscur langage d'initié qui a contribué à retarder l'expansion de l'informatique domestique)
- le refus de la compétition tarifaire pour créer une niche de l'informatique personnelle "de luxe"
- la création d'une chaîne de magasins propageant l'imagerie de la marque
- un mode de communication punchy (les fameuses keynotes)
- le sens de l'occasion à ne pas manquer pour sortir des produits au bons moments et ringardiser la concurrence
- une stratégie économico-industrielle basée sur l'accaparement des ressources-clef pour étouffer la concurrence (écrans multitouch "retina" par exemple, qu'Apple a réservé pour ses iPhones et iPod Touch)
- une direction intransigeante capable d'imposer une ligne directrice pas toujours très lisible et des abandons inconcevables chez les autres grands de l'informatique (Xserve, MacBook, Superdrive...)
- une orientation "final user" (grand public) qui n'a pas eu peur de tourner le dos aux geeks, ancien cœur du monde informatique et aujourd'hui en voie de marginalisation
- l'imposition d'une exigence de design sinon révolutionnaire, en tout cas facile à intégrer dans les intérieurs domestiques : Apple a soigné le WAF bien connu des geeks
- un refus quasi maladif des technologies propriétaires disponibles au profit de solutions maisons et la capacité de tirer avantage de cet isolement en proposant des usages inattendus (ex : après avoir quasiment imposé l'USB, Apple refuse l'USB3 au profit de Lightpeak/Thunberbolt et propose le cine display à chaîner sur un MacBook et faisant office de hub !).
- un très large usage des ressources du libre (Linux, KDE avec le KHTML au cœur de WebKit...) lorsque les solutions "maison" semblaient plafonner (OS 9 obsolète).
- une avancée à marche forcée vers l'obsolescence technique afin de pousser au renouvellement régulier mais toujours en proposant de nouvelles fonctionnalités "cool" pour susciter et entretenir l'envie.
Tout cela peut être continué pas son successeur... mais il ne faut pas oublier que la concurrence apprend vite. Aujourd'hui, Apple est en guerre contre tout le monde : ses fournisseurs (procès retentissant contre Samsung, principal fournisseur des puces des iDevices et des écrans multitouch), ses revendeurs (concurrence des Apple Store et du Mac App Store... marge minime pour les autres), les opérateurs (explosion de la bande passante avec une politique de dématérialisation agressive), les développeurs (grosse marge de 30% sur les ventes, politique de validation des applications stricte et lente, fréquents changements et souvent profonds du framework).
Tout le monde informatique a vu Apple échapper au marasme actuel (effondrement des ventes du PC). Alors qu'HP rejoint IBM et Compaq au rang des acteurs historiques abandonnant la partie du Hardware, Apple a su vendre du hardware avec des marges très importantes en le liant à du software attractif. Du coup, on voit de grandes manœuvres s'opérer et des créateurs de soft acquérir du hard (Google rachetant Motorola pour ses brevets mais disposant ainsi d'une expertise technique dans la télécommunication mobile, de quoi peaufiner Android sans les défauts inhérentes aux surcouches graphiques) ou alors des fabricants de hardware décidant de maîtriser le développement du soft (Samsung qui fabrique les composants essentiels des iDevices et partie prenant dans le développement d'Android). La recette d'Apple ne pourra pas être simplement et indéfiniment prolongée. S'il ne fait aucun doute que la firme de Cupertino conserve un savoir-faire technique intact (Steve Jobs n'a rien inventé), la nouvelle direction saura-t-elle encore surprendre le monde de l'industrie informatique et post-pc comme avait su le faire Jobs ? La question ne peut être éludée.
L'occasion d'un petit retour sur l'œuvre accomplie :
Les principaux apports de Jobs à Apple depuis son retour à la fin des années 1990 ont été :
- la réduction drastique du catalogue informatique d'Apple au profit d'un nombre réduit de produits, dans des gammes originales qui redéfinissent le marché : le desktop compact (Mac mini), le portable ultra-plat (MacBook Air), le tout-en-un géant (iMac)
- le refus de la course à la puissance (pour limiter la fragmentation mais surtout : pour ne pas perdre M. et Mme Tout le monde dans un obscur langage d'initié qui a contribué à retarder l'expansion de l'informatique domestique)
- le refus de la compétition tarifaire pour créer une niche de l'informatique personnelle "de luxe"
- la création d'une chaîne de magasins propageant l'imagerie de la marque
- un mode de communication punchy (les fameuses keynotes)
- le sens de l'occasion à ne pas manquer pour sortir des produits au bons moments et ringardiser la concurrence
- une stratégie économico-industrielle basée sur l'accaparement des ressources-clef pour étouffer la concurrence (écrans multitouch "retina" par exemple, qu'Apple a réservé pour ses iPhones et iPod Touch)
- une direction intransigeante capable d'imposer une ligne directrice pas toujours très lisible et des abandons inconcevables chez les autres grands de l'informatique (Xserve, MacBook, Superdrive...)
- une orientation "final user" (grand public) qui n'a pas eu peur de tourner le dos aux geeks, ancien cœur du monde informatique et aujourd'hui en voie de marginalisation
- l'imposition d'une exigence de design sinon révolutionnaire, en tout cas facile à intégrer dans les intérieurs domestiques : Apple a soigné le WAF bien connu des geeks
- un refus quasi maladif des technologies propriétaires disponibles au profit de solutions maisons et la capacité de tirer avantage de cet isolement en proposant des usages inattendus (ex : après avoir quasiment imposé l'USB, Apple refuse l'USB3 au profit de Lightpeak/Thunberbolt et propose le cine display à chaîner sur un MacBook et faisant office de hub !).
- un très large usage des ressources du libre (Linux, KDE avec le KHTML au cœur de WebKit...) lorsque les solutions "maison" semblaient plafonner (OS 9 obsolète).
- une avancée à marche forcée vers l'obsolescence technique afin de pousser au renouvellement régulier mais toujours en proposant de nouvelles fonctionnalités "cool" pour susciter et entretenir l'envie.
Tout cela peut être continué pas son successeur... mais il ne faut pas oublier que la concurrence apprend vite. Aujourd'hui, Apple est en guerre contre tout le monde : ses fournisseurs (procès retentissant contre Samsung, principal fournisseur des puces des iDevices et des écrans multitouch), ses revendeurs (concurrence des Apple Store et du Mac App Store... marge minime pour les autres), les opérateurs (explosion de la bande passante avec une politique de dématérialisation agressive), les développeurs (grosse marge de 30% sur les ventes, politique de validation des applications stricte et lente, fréquents changements et souvent profonds du framework).
Tout le monde informatique a vu Apple échapper au marasme actuel (effondrement des ventes du PC). Alors qu'HP rejoint IBM et Compaq au rang des acteurs historiques abandonnant la partie du Hardware, Apple a su vendre du hardware avec des marges très importantes en le liant à du software attractif. Du coup, on voit de grandes manœuvres s'opérer et des créateurs de soft acquérir du hard (Google rachetant Motorola pour ses brevets mais disposant ainsi d'une expertise technique dans la télécommunication mobile, de quoi peaufiner Android sans les défauts inhérentes aux surcouches graphiques) ou alors des fabricants de hardware décidant de maîtriser le développement du soft (Samsung qui fabrique les composants essentiels des iDevices et partie prenant dans le développement d'Android). La recette d'Apple ne pourra pas être simplement et indéfiniment prolongée. S'il ne fait aucun doute que la firme de Cupertino conserve un savoir-faire technique intact (Steve Jobs n'a rien inventé), la nouvelle direction saura-t-elle encore surprendre le monde de l'industrie informatique et post-pc comme avait su le faire Jobs ? La question ne peut être éludée.

