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L'Amerzone : documents, notes
#46
(F)

[Image: 20260711131327-5ee46521.jpg]

Aux dires de mes amis indiens,
il s'agit bien d'un œuf d'oiseau blanc.

Il semblerait que leur prêtre effectue sur l'embryon de l’œuf 
une sorte de thérapie afin de guérir celui-ci d'une grave altération physiologique
due aux vapeurs délétères dégagées par les volcans auxquels ces oiseaux sont inféodés.
Sans cette intervention humaine, ces volatiles mythiques n'existeraient plus depuis bien longtemps...

Manka Poto-poto Yangala Zoula
Orcochi
Matiti Cata Boulo Chico
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#47
6, 1

Si j'en crois les peintures primitives que j'ai pu observer dans le village,
pour un jeune Indien Ovo-Volahos,
l'accession au monde des,adultes est conditionnée par un terrible rituel initiatique :
l'adolescent doit partir, seul, vers les volcans d'Amerzone,
prendre un œuf d'oiseau blanc et le ramener au village.

[Image: 20260712105425-0480161e.jpg]

Une fois que le prêtre a effectué la cérémonie sacrée,
le jeune homme doit ramener cet œuf dans son lieu d'origine
afin qu'il éclose dans de bonnes conditions.
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#48
6, 2

[Image: 20260712105426-c11ddb2a.jpg]

2 juin 1933

À l'aube, j'ai pris congé de mes hôtes. Grâce au système
ascensionnel que j'ai mis en place, j'ai pu monter mon
embarcation au-dessus des chutes et ensuite, par un
mécanisme complémentaire, vaincre le courant torrentiel
et ainsi parvenir à l'endroit où le fleuve s'assagit et se
perd dans le marais.

_______________________

Sur l'image de 1999 (ci-dessus), le texte indiquait "les marais" à la fin.
Le terme est au singulier désormais (version 2025 = la version corrigée du texte).
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#49
6, 3

Les Indiens confèrent aux marais un caractère sacré :
c'est le lieu de sépulture de leurs ancêtres. 


C'est aussi le passage obligé pour accéder au volcan.
C'est un endroit dangereux dont la traversée est une terrible épreuve. 
 

[Image: 20260712105426-f8fd274b.jpg]

Girafe palmée

La girafe palmée est, depuis toujours, domestiquée par les Indiens :
ils s'en servent comme montures pour évoluer dans les marais.
Les individus demeurés à l'état sauvage sont très craintifs.
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#50
7, 1

Oiseau blanc dégénéré.

Contrairement à ses nobles cousins,
l'iseau noir s'aventure assez loin du volcan.


[Image: 20260714073716-efcf7ca3.jpg]

15 juin 1933
Temple d'Envol.

Chaîne des volcans vue du temple.
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#51
7, 2

[Image: 20260714073717-243ad7f7.jpg]

18 juin 1933

Après des mois d'aventure, me voici enfin au bout du voyage.
Je n'ai aperçu pour l'instant que ces misérables petits oiseaux noirs
et j'ai pu observer qu'ils sortent d'oeufs en tous points identiques
à celui que j'ai observé chez les Ovo-Volahos.
Ces volatiles sont très prolifiques : j'ai compté jusqu'à dix oiseaux sortis d'un même oeuf.

Par contre, leur existence est précaire : ils volent mal et ont, en toutes choses,
un comportement marqué par une dégénérescence manifeste.
Tout ceci tendrait à valider les compétences des prêtres Ovo-Volahos
en matière de chirurgie embryonnaire.
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#52
7, 3

Ce matin, je les ai vus...
Ils étaient là, devant moi...
Ils ont plané longuement dans le cratère,
puis, imperceptiblement, avec la chaleur du four,
ils sont montés pour n'être plus, vers midi,
qu'un point à peine visible dans le ciel.


[Image: 20260714073717-873cd1a2.jpg]


Avis Alba
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#53
Lettre de la demande de Valembois au journaliste

Dans la version 1999,
après avoir pris connaissance du Carnet de voyage,
on découvrait, en montant à l'échelle de la bibliothèque,
la très (très) longue lettre écrite par Valembois à l'intention du journaliste,
dans laquelle ils se confie sur la face sombre de son voyage passé,
et la mission de réparation qu'il lui confie.

Il s'agissait ainsi pour le joueur de faire la synthèse entre les deux versants de l'histoire.
Mais c'était une tâche très lourde enraison du volume des deux documents,
à faire quasiment en dehors du jeu.

La version 2025 a choisi de mâcher davantage le travail :

- la lettre est découverte en même temps que le Carnet :
il n'a pas à recoller deux morceaux trouvés séparément.

- cette lettre n'est pas seulement donnée en texte :
elle est également lue au joueur,
et sa lecture est de plus accompagnée d'images du Carnet qui l'illustrent :
le joueur comprend la complémentarité qu'il a à reconstituer.

- si le début de la lettre est donnée d'emblée,
elle n'est cependant pas onnée en entier en une seule fois :
elle a été divisée en 3 parties, données à 3 moments différents,
pour inviter le joueur à procéder lui aussi par étapes.

Ci dessous la version 2025,
où le texte initial est repris pour l'essentiel,
un peu augmenté tout de même pour faire les transitions entre les 3 parties
et préciser certains détails.
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#54
Première partie

[Image: 20260716065055-cfe66cf0.jpg]

1/3
_________

Cher ami
Mon ami,

Je suis un vieil homme au soir de sa vie.
Je le sais maintenant, je n'aurai pas la force de repartir en Amerzone.
Le seul espoir qu'il me reste est de vous convaincre de partir à ma place
afin de réparer le mal que j'ai pu faire à ce pays voici plus de cinquante ans.

C'est en 1929. à l'université où j'achevais des études de sciences naturelles
que, pour la première fois, j'ai entendu parler de l'Amerzone :
je m'étais lié d'amitié avec un jeune étudiant en droit ressortissant de ce pays.
Il s'appelait Antonio Alvarez et allait devenir plus tard pour son peuple
le guide despotique que l'on connait.

Mais, à cette époque, c'était un jeune juriste idéaliste
qui parlait avec une telle ferveur communicative de son pays sauvage et quasi inconnu
que je n'eus bientôt qu'une idée en tete : partir en Amerzone,
explorer ces immenses contrées vierges, rencontrer ces étranges Indiens,
découvrir des animaux et des plantes exotiques et fabuleux...

Au printemps 1932, ces messieurs du Muséum me mandatèrent officiellement
pour entreprendre la découverte de l'Amerzone
et faire un premier inventaire de sa faune et de sa flore.
Malgré ma jeunesse et mon inexpérience,
j'avais  obtenu leur confiance et quelques crédits car, à ce jour,
aucun explorateur de renom n'avait eu assez de témérité ou d'inconscience
pour s'aventurer dans ces vastes contrées inviolées...

Antonio Alvarez se proposa de m'accompagner
et de me servir de guide et d'interprète
jusqu'aux dernières marches de la civilisation de son pays.
J'acceptai son offre de grand cœur.

Un deuxième compagnon devait se joindre à moi :
le révérend père David Mackowski. jeune missionnaire de la Compagnie de Jésus
qui partageait ma fascination pour l'Amerzone
et brûlait d'évangéliser les habitants de ces contrées oubliées du Créateur.
_______________

Curieusement, le texte identique en principe à celui de sa version orale illustrée,
est un peu différente en fait.

[Image: 20260716064233-7546050a.jpg]

Version orale : 

Mon cher mai
Je suis un vieil homme au soir de sa vie.
Je dois maintenant l'admettre, je n'aurai pas la force de repartir en Amerzone.
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#55
Nous partîmes donc un matin de juin 1932, à bord de l'hydraflot :
un engin révolutionnaire de mon invention qui, selon mes plans,
devait répondre à tous les besoins d'une expédition scientifique moderne.
J'avais dépensé une bonne partie de l'argent alloué par le Muséum
ainsi qu'un maigre héritage familial dans sa construction.

Hélas, ce premier prototype souffrait de nombreuses imperfections
la mécanique nous lâcha en chemin
et nous ne rejoignîmes les rivages de l'Amerzone que par miracle.

Mais déjà, mon ami, je réalise que je n'en suis qu'aux prémices de ce tragique récit.

Si toutefois vous désirez connaître la suite de mon histoire,
elle vous attend au sous sol, votre prochaine destination,
si vous deviez décider de me remplacer pour ce nouveau voyage…
__________________

La version orale est un peu différente, et insiste davantage sur l'île des Échoués :

Des ennuis mécaniques nous forcèrent à nous arrêter en chemin, sur l'ile des Échoués.
Des cachalots en grand nombre y avaient élu domicile,
et je crains que nous en ayons heurté un.
Et ce n'est que par miracle que nous parvinrent à rejoindre les rivages de l'Amerzone.

L'erreur de conjugaison a été corrigée dans le sous-titre seulement : "que nous parvînmes".
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#56
Sous le Carnet, le journaliste trouve la clé qui donne accès au sous-sol,
où il découvre la deuxième partie de la lettre. 

[Image: 20260717061640-0c0eadc0.jpg]

2/3

Mon ami,
je me réjouis de vous retrouver à travers ces quelques pages.

Je concluais les précédentes par le récit de notre arrivée là-bas, en Amerzone,
avec mes camarades Alvarez et Mackowski… C'était en 1932.

Pendant quelques semaines, nous séjournâmes tous les trois à Puebla,
un village fortifié en amont du delta du fleuve Amerzone.
C'est là que, par la bouche d'un vieil indigène ivrogne et érudit
avec lequel je m'étais lié d'amitié,
pour la première fois, j'ai entendu parler des grands oiseaux blancs...

Ce qu'il me raconta me fascina prodigieusement
et, le lendemain, faisant fi des mises en garde de mes compagnons,
poussé par tous les démons de l'orgueilleuse découverte scientifique,
je suis parti, guidé par le vieil Indien, vers l'inconnu...

Si le mythe des oiseaux blancs est présent depuis la nuit des temps
dans l'imaginaire des civilisations indiennes qui bordent le fleuve Amerzone,
leur existence réelle est encore de nos jours sujette à caution.

Ceci par la faute de quelques obscurantistes bornés du Muséum
qui n'ont pas cru à mes découvertes.
Je dois avouer cependant, à la décharge de ces imbéciles,
que le mode de vie de ces rois du ciel est à peine croyable.

Les oiseaux blancs sont inféodés à l'imposant volcan
qui s'élève aux confins de la jungle amemonienne.
Ce sont de majestueux voiliers du ciel ;
leurs ailes sont immenses et grandissent toute leur vie, 
mais ils ne possèdent pas de pattes.
De toute façon, ils n'en n'auraient pas l'utilité : 
toute leur existence se passe dans les airs, ils planent interminablement 
profitant des courants ascendants créés par la chaleur des cratères
et se nourrissant des nuées d'insectes éphémères
qui montent la nuit depuis les marais qui baignent le pied du volcan.

Bien que cette faculté soit difficilement quantifiable,
ils semblent doués d'une intelligence insouciante et débonnaire comparable à colle des dauphins.
Tous les trois ans, une des femelles de la colonie abandonne, sur le rebord du cratère,
un œuf unique qui, semble-t-il, contient à lui seul toute la génération suivante d'oiseaux blancs.
C'est vous dire si la survie de cette espèce est aléatoire...

Mais, comme si cela ne suffisait pas, les embryons contenus dans l'oeuf
subissent, semble-t-il, une altération chromosomique brutale
due, je le subodore, aux gaz nocifs s'échappant du volcan : livré à lui-même, 
l’œuf ne donne naissance qu'à de vilains petits volatiles noirs à l'existence précaire...

C'est là qu'interviennent les Ovovolahos, une tribu indigène
descendant d'une très ancienne et très fameuse civilisation d'adorateurs des oiseaux blancs.
Ces Indiens se transmettent, depuis des millénaires et de génération en génération,
un savoir unique qui permet à leurs prêtres d'opérer sur les œufs des oiseaux blancs
une sorte de mutation génétique à rebours afin d'annihiler les méfaits des gaz volcaniques délétères.
Sans ces Indiens, les oiseaux blancs n'existeraient plus depuis bien longtemps...

Confirmer scientifiquement l'existence d'un tel animal vivant en symbiose,
depuis la nuit des temps, avec une civilisation d'Indiens généticiens
était, je vous l'avouerai, un formidable défi
pour un jeune ethnologue ambitieux au début des années trente.

________________

La lecture orale résume les considérations sur les oiseaux blancs et sur les Ovovalahos.
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#57
Cela a été pour moi un voyage extraordinaire
au cours duquel ne me furent épargnés ni la peur,
ni le doute, ni la fatigue, ni les privations.
Mais, j'allais, émerveillé, de découverte en découverte des paysages somptueux,
une végétation étrange peuplée d'animaux inconnus.
J'étais, Je l'avoue, animé d'une exaltation scientifique fiévreuse et brouillonne
et c'est dans cet état d'esprit que, après un mois de voyage,
j'atteignis les chutes de l'Amerzone.

Mon guide, rongé par une peur superstitieuse de cet endroit
et déprimé par le manque d'alcool, m'avait quitté sans crier gare.
J'étais affamé, à bout de forces et miné par une cruelle maladie tropicale.

Je l'avoue, je ne dois mon salut qu'à l'hospitalité des indigènes
qui ont élu domicile au pied des chutes.

C'étaient des êtres fiers, dépourvus de cette déférence peureuse
que l'explorateur a ordinairement coutume de rencontrer
chez ces peuplades primitives qui n'ont Jamais vu d'homme blanc.
Pendant quelques Jours, je suis resté alité et une Jeune Indienne 
m'a prodigué patiemment les soins nécessaires à ma convalescence.

Trois fois par jour, à heure fixe, sa silhouette souple
se découpait dans la lumière de la porte de ma case ;
elle s'agenouillait auprès de ma paillasse,
soulevait doucement ma tête pour me faire boire d'étranges médecines.
Elle plongeait alors dans mes yeux fiévreux son grand regard noir
puis brusquement riait comme un enfant et ses longs cheveux bruns 
balayaient mon visage comme la caresse d'un vent léger.

Mes forces revenaient rapidement
mais mon infirmière ne se résolvait pas à abandonner
les soins qu'elle avait pris l'habitude de me prodiguer.
Pour tout dire, nous ne nous quittions plus.

Elle s'appelait Yékoumani, je l'aimais et elle m'aimait
et les mois qui suivirent furent les plus beaux de toute ma longue vie...

Mais voilà déjà que nous approchons de la sinistre conclusion de ce récit, mon ami.

Il est encore temps pour vous de tourner les talons…
Dans le cas inverse, la conclusion de mon histoire vous attendra là où débutera la vôtre.
 
___________________

Le version orale simplifie là encore les détails.
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#58
Troisième partie : dans l'hydraflot

[Image: 20260719065520-de80a164.jpg]

Mon ami,

Alors vous avez poussé la curiosité jusqu'au bout.
Je ne pourrai jamais assez vous en remercier.

Et c'est donc sans plus attendre que je vais vous narrer la conclusion de mon histoire.
Je concluais la partie précédente de mon récit avec les moments de félicité
que j'ai partagé avec mon grand amour, Yékoumani.
Les plus belles semaines de mon existence…

Nous passions de longues heures à nous baigner et à pêcher sous les chutes du fleuve.
Au plus chaud de la journée, nous nous glissions dans l'intimité de l'épais feuillage de la rive
à l'abri des regards moqueurs du reste de la tribu
qui considérait notre liaison avec une bienveillance amusée.

Le Muséum, mon travail, tout cela était bien loin, je l'avoue
et, dans les bras de Yékoumanlje n'imaginais désormais plus d'autre existence
que la vie simple et naturelle des Indiens d'Amerzone.

Pourtant, un événement étrange allait mettre fin à la douce béatitude dans laquelle nous étions plongés.
Un matin, alors que nous somnolions encore, un jeune Indien que je ne connaissais pas arriva au village.
Il fut accueilli par des cris de joie et de grandes démonstrations d'affection.
Yékoumani me fit signe de me lever en silence
et d'observer ce qui se passait au travers des murs de branchages de notre case.

Le jeune garçon avait, je me souviens, le visage grave.
Il portait un gros sac de toile maintenu dans son dos par des lanières de cuir.
Encadré par toute la tribu qui lui faisait une sorte de haie d'honneur,
il se dirigea solennellement vers le sorcier du village et posa son lourd fardeau aux pieds de celui-ci.

Le vénérable vieillard défit les lanières du sac et en sortit un énorme œuf...
Un grand silence à peine troublé par les cris des oiseaux se fit dans tout le village...
Sans un mot, le sorcier introduisit dans l’œuf, par son sommet, une longue tige creuse, très fine
et dont l'extrémité supérieure avait une forme d'entonnoir.
Grâce à cet artifice, il fit pénétrer dans l'oeuf un liquide mystérieux
puis, après un moment d'attente, retira la tige.
Des fumerolles blanches s'échappaient maintenant de l'orifice créé dans la coquille.

Le vieil homme entreprit de le colmater avec une sorte de glaise blanche ;
puis, appliquant une main sur le flanc de l'oeuf, il leva l'autre vers le ciel
et, s'adressant au jeune garçon, prononça les paroles suivantes ' volaho, ovo ! volaho !".
L’œuf fut remis dans son sac de toile et, après s'être restauré et reposé,
l'Indien et son mystérieux fardeau sont repartis vers les marais qui s'étendent en amont des chutes.
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#59
J'étais, vous vous en doutez, prodigieusement intrigué
par le cérémonial qui s'était déroulé devant mes yeux
et j'interrogeai sans relâche ma jeune compagne sur la signification de tout cela.
Elle semblait très réticente à répondre à mes questions
mais, à la fin, sans doute lassée par mon insistance,
elle m'indiqua de la main le sommet du totem qui trônait au centre du village.

Au bout du mât, il y avait de grands oiseaux de bois, les alles ouvertes,
qui semblaient planer au-dessus du village.
"Ovo, volaho,ovo... dit,elle simplement... Les oiseaux blancs"...
Les fièvres de la maladie conjuguées à celles de l'amour
avaient un moment occulté mes facultés d'observation scientifique
mais là, brusquement je me réveillais.
Ces Indiens étaient les descendants des légendaires Ovo-volahos
et ce que je venais de voir dans les mains du sorcier, c'était l’œuf des oiseaux blancs !!!

J'étais comme fou, je rassemblai mes quelques bagages
puis j'attendis la nuit pour fausser compagnie à mes hôtes...
L'oeuf, la preuve de l'existence réelle des oiseaux blancs,
je voulais cet oeuf plus que tout au monde...

Le rapporter en Europe, le voir exposé dans la salle principale du Muséum,
goûter à la gloire d'une reconnaissance scientifique mondiale, obtenir une chaire à la faculté...
Tous les démons de l'ambition avaient irrémédiablement réinvesti mon esprit.
Bien sûr, quitter Yékoumani me brisait le cœur…

A l'instant de nos adieux, je devinai dans son regard la grande confusion de son esprit.
Pour un jeune Indien, partir on quête d'un œuf d'oiseau blanc
est une sorte d'épreuve initiatique très périlleuse
qui, s'il la réussit, lui permet d'accéder au monde des adultes
et, le cas échéant, d'épouser celle qu'il aime.
Yékoumani a cru que c'était pour elle que je m'apprêtais à affronter
le périlleux voyage vers le sanctuaire des oiseaux blancs
et que, pour elle, je ramènerais un œuf sacré...
Elle était tout à la fois effrayée et heureuse de mon départ.
Nous nous sommes aimés toute la nuit
et, à l'aube, je suis parti pour ne plus jamais la revoir...
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#60
Il serait ici trop long de vous raconter le long périple vers les oiseaux blancs.
Sachez seulement qu'il faut à l'aventurier qui le tente un courage physique et moral peu commun
et que, si la force d'âme vous fait défaut aujourd'hui,
il est encore temps pour vous de faire machine arrière
et de tenter, si cela est possible, d'oublier à jamais l'Amerzone.

Mais croyez-moi, mon ami, là-haut, par-delà les nuages, au sommet dos volcans sacrés d'Amerzone,
dans la vapeur brûlante des cratères, planent indéfiniment les plus majestueux
et les plus nobles des êtres vivants qu'il m'ait été donné de rencontrer dans ma longue vie.

Et moi, Alexandre Valembois,j'ai commis une abominable forfaiture :
j'ai volé leur œuf unique et je l'ai rapporté en Europe...
Pour assouvir une minable ambition personnelle,
j'ai mis en péril l'existence même d'une espèce vivante exceptionnelle à tous points de vue
et j'al trahi la confiance d'une jeune Indienne qui, je le sais maintenant, était l'amour de ma vie.

Je suis rentré à Paris à l'automne 1934.
Au Muséum, personne n'a cru à mes histoires d'oiseaux blancs.
ils ont déclaré que l’œuf que je leur rapportais n'était, sans aucun doute, 
qu'un gros oeuf d'autruche, que je n'étais qu'un fumiste indigne de leur confiance.
Je suis devenu la risée de la communauté scientifique et ma carrière fut brisée à jamals.

Après la guerre, J'ai obtenu à grand peine un poste 
de professeur d'histoire naturelle dans un modeste lycée.
On ne parlait plus de l'Amerzone qui, sous la dictature de fer d'Antonio Alvarez, 
mon ami qui avait bien changé, s'était isolée du reste du monde.
Moi-même, j'avoue qu'à cette époque, j'ai tenté d'oublier à tout jamais ce pays.
Mais rien n'y faisait : les oiseaux blancs continuaient de planer dans ma tâte
et le rire de Yékoumani retentis-sait encore au détour de mes rêves.

Voici une dizaine d'années, le Muséum a mis de l'ordre dans la poussière de ses collections
et, à cette occasion, m'a retourné l’œuf des oiseaux blancs...
Il était miraculeusement intact, semblant n'avoir subi aucun des outrages du temps.
Mù par une inexplicable impulsion, j'ai appliqué un stéthoscope sur la coquille.
J'ai manqué de tomber à la renverse : des petits battements lents et continus. L’œuf vivait !

Depuis ce jour, je n'ai qu'une idée en tête :
réparer ma faute, remporter cet œuf en Amerzone, là-bas,
aux sommets des volcans qu'il n'aurait jamais dû quitter.
En attendant, je l'ai mis en lieu sûr un endroit qui puisse
lui garantir une température fraiche et constante propice à sa léthargie.

Aujourd'hui, tout est prêt. J'ai mis au point un nouvel Hydraflot :
un engin spécialement conçu pour une expédition au cœur de l'Amerzone,
j'ai tout étudié, tout calculé et j'en ai corrigé toutes les imperfections...
Mais, je vous l'ai déjà dit, je suis un vieil homme, maintenant...
Et je n'ai plus la force d'entreprendre un pareil voyage...
Alors, c'est à vous... vous qui semblez manifester quelque intérêt pour ce pays, 
c'est à vous que je demande de prendre ma place.
Allez en Amerzone et rapportez l’œuf, je vous en conjure.

lionne chance et que Dieu vous garde, mon ami... 

Alexandre Valembois.

________________

À nouveau, la version rédigée est bien plus détaillée que la version entendue.
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