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> Tous les textes du jeu N° 4, pour lecture.
Scribe
* 11/07/2010, 23:42
Message #1
Noircisseur de papier virtuel

Et c'est pas fini !
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Ils sont beaux, ils sont chauds, vous les attendiez...

Voilà tous les textes de la quatrième édition !!

Avant toute chose, félicitations à vous, nombreux participants qui malgré les conditions difficiles ("aah, les vacances, trop dur de soulever un stylooo..." ou bien "aah, le boulot, trop dur de soulever un stylo alors qu'il y en a qui sont en vacances et qui se plaignent quand même !!") avez joué le jeu et fourni de bien belles productions pour cette édition. Merci et bravo !


Mais ne tardons plus, entrons dans le vif du sujet :

Le but du jeu, je le rappelle, est de trouver qui a écrit quoi.

Vous devez m'envoyer vos propositions par MP (sinon, ce serait trop facile).

En revanche, vous pouvez poster ici des fausses pistes ou des commentaires amicaux sur les textes qui vous ont plu.

Les participants :

Dournon : 2 textes
dreeli : 1 texte
Eldrid* : 1 texte
Ellora : 1 texte
GGofLove : 1 texte
Grover : 1 texte
JaJa : 1 texte
jefftom : 1 texte
K-WET : 1 texte
reekoo : 2 textes
Sarah : 2 textes
Scribe : 3 textes
Ulysse : 1 texte
Volyova : 1 texte



* Eldrid avait déjà participé au dernier Montre un peu... en tant qu'invité.
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Scribe
* 12/07/2010, 00:35
Message #2
Noircisseur de papier virtuel

Et c'est pas fini !
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N° 1
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Interrogation

- ... quatorzièmement et pour finir notre survol des formations néo-politiques post-dérèglement, je rappellerai qu’au 23eme siècle, les cryptocommunistes sédentaires ont survécu en se cachant dans des cellules creusées dans des concavités de l’Atlas où même une gerboise n’aurait pu se glisser. Il ne reste de leurs cousins nomades moins chanceux que quelques artefacts découverts dans l’actuelle jungle de Barrow dans une couche ayant appartenu au permafrost arctique. Mais comme la vitrification les a rendus insécables, on n'a pu extraire aucune donnée fiable les concernant. C’est sur ce point que je conclurai ma présentation de ce jour. Avant que je passe la parole a mon estimé confrère, avez-vous des questions ?
- euh... excusez-moi, monsieur le professeur, mais c’est quoi, une gerboise ?

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N° 2
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Qu’est-ce que je faisais là, au juste ? Lorsque le petit homme replet qui nous faisait face commença à égrener les règles de bases de l’expérience, je commençai à avoir de sérieux doutes sur les motivations qui m’avaient conduit dans ce bureau sordide.
- Pour commencer, je vais récapituler les critères auxquels vous devez satisfaire pour les quelques tests qui vous attendent. Tout d’abord, vous devez avoir entre vingt-cinq et cinquante ans. Ensuite, vous…
À bien y regarder, avec ses oreilles rondes quelque peu décollées et son museau proéminent, il me faisait vaguement penser à un rongeur, du type hamster ou gerboise. Ne manquaient plus que les petites griffes et le poil soyeux, et la ressemblance était frappante. Sa voix, en revanche, penchait plutôt vers le batracien ; le mélange était assez improbable.
- En troisième point, vous devez être une personne pratiquant une activité culturelle ou sportive régulière…
Quelques mois plus tôt, l’occupation favorite de l’homo sapiens sédentaire du XXI° siècle – j’ai nommé la télévision – avait connu une sévère baisse de popularité. Fatigués de toujours revoir les mêmes programmes sous des noms différents, les téléspectateurs avaient manifesté leur mécontentement. Les directeurs des chaînes furent peu à peu abandonnés par les publicitaires et, terrifiés à l’idée de se retrouver sur la paille, avaient mis en place une cellule de crise destinée à dresser le profil du nouveau spectateur de ce siècle. Une forte somme d’argent était promise aux heureux élus tirés au sort parmi les volontaires ; les temps étant ce qu’ils étaient, j’avais tenté ma chance.
- Sixièmement : pas de convictions politiques ou religieuses extrémistes ; si possible, rentrez dans la norme.
Et qu’est-ce qu’il entendait exactement par « la norme » ? Il nous soupçonnait peut-être d’être des adorateurs de Thouéris la déesse hippopotame, ou des cryptocommunistes en puissance ? Interrompant mes fascinantes réflexions idéologiques, une assistante poussa la porte du bureau et vint nous présenter, à nous les heureux cobayes, un plateau de biscuits du genre palets insécables taillés dans du granit. Ce fut en me déplaçant pour éviter subtilement cette généreuse distribution que je réalisai que mes pieds étaient gelés. Qu’est-ce que c’était que cette salle de torture, bon sang ? Je suspectais ce bureau minable en sous-sol d’avoir été encastré au beau milieu d’un permafrost sibérien, dans l’espoir de conserver intacts les employés en conserve qui y résidaient ; nous avions dû y être transportés à notre insu par quelque tunnel spatio-temporel. D’ailleurs, en parlant de conserve… l’inquiétante concavité des murs semblaient confirmer mon hypothèse. Je me rapprochai discrètement de la porte : il fallait fuir cet endroit diabolique au plus vite.
- Quatorzièmement, coassait inlassablement le petit homme que plus personne n’écoutait, vous devez avoir été déjà en contact avec de jeunes enfants, par exemple dans le cadre de votre famille ou de votre emploi, ou encore…
Je guettai du coin de l’œil les mouvements de l’assistante au plateau, comptant filer à l’anglaise dès qu’elle ouvrirait la porte pour sortir. Manque de chance, à l’instant où je m’apprêtais à m’éclipser par ce biais, l’une des pattes de M. Rongeur s’abattit sur mon bras.
- Vous n’allez pas déjà nous quitter ? Le premier test va commencer. Si vous voulez bien me suivre…
Je déglutis en voyant s’ouvrir une petite porte au fond de la salle, comme mue par un mécanisme invisible. Je n’avais pas d’autre issue… cette fois c’était sûr, j’allais terminer cryogénisé par cinq-cents mètres de fond quelque part au nord de la Russie, et personne ne retrouverait jamais mon corps.
Au secours.

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N° 3
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Après un jeune de plusieurs jours, je me sentis en verve, je ne sais plus très bien, si ce que je vais vous raconter s'est passé dans mes rêves ou dans la réalité. A vous de juger !!

Vous savez que j'ai beaucoup voyagé, un peu partout dans le monde...premièrement en Asie, deuxièmement en Afrique, troisièmement Nouvelle Zélande ... et quatorzièmement en Antarctique, là où le sol n'est que permafrost et ou rien ne pousse que quelques lichens.

Le paysage blanc à perte de vue vous brouille le regard, nous avons eu la chance d'apercevoir un grand ours blanc et ses deux oursons dévorer un malheureux poisson sur la banquise. Une nuit notre bateau fut pris dans la glace et nous tant qu'à faire nous avons décidé de descendre sur la banquise et visiter la faune locale.

Ici et là des manchots batifolaient sur la glace, faisaient des glissades sans fin comme des gosses sur un toboggan.
Je fus pris d'un fou rire en voyant un de ces manchots, faire des bons de gerboise emportant un superbe cailloux qu'il allait sûrement offrir à sa dulcinée pour construire le nid et poser leurs œufs.

C'était touchant, ces couples insécables, unis pour la vie.

Laissant les manchots à leurs occupations je continuai ma route car de loin, il me semblait distinguer au bas de la montagne blanche qui se dressait devant moi une trace pour foncée.
Piquant ma curiosité, j'allai inspecter cette concavité
d'un peu plus près.

Je pris bien entendu les précautions d'usage en pénétrant dans cette faille,mais ma curiosité étant la plus forte je continuai à m'enfoncer dans la montagne.

Au fur et à mesure que je m'enfonçait il me semblait entendre comme un murmure, non il n'y avait pas de vuvuzella ici quand même. C'était aussi monotone comme musique, un genre de psalmodie qui me faisait penser aux incantations de bonzes d'Himalaya.

Mon imagination gambergeait déjà ... allais-je faire une découverte pour le monde scientifique et faire ma gloire pour le restant de mes jours ! (on peut toujours rêver non ?)

Alors quelle ne fut pas ma stupéfaction de voir au fond d'une espèce de cellule creusée à même la glace et le rocher, un petit homme, barbu, recouvert d'une peau d'ours, assis en tailleur à même le sol et égrénant un chapelet, et prononçant des incantations que seul lui comprenait.

Reprenant mes esprits, je me l'imaginais avoir été dans son jeune temps un cryptocommuniste qui depuis déçu de l'embourgeoisement de son parti , était venu vivre une vie sédentaire, une vie de moine, investi d'une mission sacrée,
prier pour le salut de tous ses compatriotes.
Depuis il avait trouvé la paix de l'âme et il dégageait une sorte bien-être et tellement de douceur dans le regard, que je me sentis monter les larmes aux yeux.
Il me regarda, eu une petit sourire au coin des lèvres et j'ai eu l'impression qu'il me disait ... Pas de soucis je suis bien, je suis heureux, tu m'as trouvé mais garde çà pour toi.
C'est la vie et je l'ai choisie.

Je n'ai pas voulu le déranger plus longtemps je le quittai et je me gardai bien de raconter à mes compagnons de voyage ce que j'avais vu.
Je ne vous dirai pas non plus l'endroit où il se trouve, ce sera mon secret.

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N° 4
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s’lut kamarad

an répons a ta lise de komendeman j' te l'dison tou de go ke dan ta cellule cryptocommuniste le permafrost et la concavité insécable de cé li eu ne permé maime pa a une gerboise blue sédentaire et fursté de temps d’aknai de bagnieu et de radio sec de s’éclaté pasqu’ y a une couille dan le paté et les karote son couite j’te l’di kamarade pi fo pa pousé la mémé dans les orties can maime. j’araite mon bad-trip

j’te kiffe grave

ps : dan ton quatorzièmement ca daichire grave s’ai nainpote nawak, téma coment qu’sai chelou

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N° 5
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Il était temps de reprendre le boulot ! Ça faisait plus de deux ans que l'on n'avait plus goûté la prose des MAiens, et ça ne pouvait plus durer. On relance la machine pour un quatrième volet !

Comment participer ?

Les participants doivent écrire un texte de 800 mots maximum comprenant les 8 mots imposés ci-dessous, pris au hasard (ou presque) dans mon dico :

cellule
concavité
cryptocommuniste
gerboise
insécable
permafrost
sédentaire
quatorzièmement

Votre texte peut être narratif, de type journalistique, un exposé...
Bref, la forme et le fond sont libres.

Le pluriel des mots ci-dessus est autorisé.

Vous pouvez aussi envoyer plusieurs textes si vous êtes en verve!

Envoyer votre copie par MP à Scribe sans la poster sur le forum.
Date de fin de réception des textes : dimanche 11 juillet à 23h59, heure française
(Greenwich Mean Time +2 - Eastern Daylight/Summer Time -4)

But du jeu

Tous les textes seront postés par Scribe sans mention de leur auteur et un No leur sera attribué.
Je donnerai la liste des auteurs.
Vous devrez alors découvrir qui sont les auteurs des différents textes proposés. N'hésitez pas à proposer des textes originaux et à maquiller votre style pour mieux tromper l'ennemi !
Si jouer les détectives ne vous intéresse pas, vous pouvez aussi vous contenter de lire et/ou de commenter.

Il n'y aura pas de jugement sur la "qualité" des textes (ou alors pas fort)
mais s'ils sont chouettes on le dira quand même !!!

Pourquoi participer ?

Parce que.

En attendant...

Ne laissons pas les anciens chef-d'œuvres prendre la poussière : il est grand temps de (re)lire les textes de la première manche (très bons), les écrits de la deuxième (encore meilleurs), et ceux de la troisième (les mots me manquent) !


À vos stylos, et que cette cuvée soit mémorable !

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N° 6
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Opération survie

1-2, 1-2, vous me recevez ? Gerboise rouge à toucan bleu ? Bordel de merde, je crois que je suis la dernière unité en vie de la cellule de crise... Seul, en milieu hostile... Le plan, le plan, ou est le plan ? Suivre la liste des chose à faire... J'en suis où ? Percer la paroi de lianes rouge, ça c'était le cinquième point... Oui ok, ça, c'est derrière moi, ok, avancer doucement le long du sentier tortueux, ok. Merde, je crois que j'ai pris la liste à l'envers ! Je viens d'attaquer un mur solide comme indiqué dans le quatorzièmement alors que j'en étais l'étape six ! Mais qui est l'emplâtré qui m'a foutu une feuille de route aussi bordélique ? Mayday, mayday, mes capteurs s'affolent, j'ai percé un truc dangereux ! Le mur va péter !! Aaaaaaahh !! Vite, vite !! Putain je suis coincé dans cette espèce de concavité gluante qui se remplit !!! Je vais pas me laisser noyer dans ce guêpier ! Tant pis pour le plan, je perce à droite ! C'est bon, j'ai trouvé un terrain plus sûr... Oh non, l'inondation gagne ce côté ! Vite, une idée... Je sais ! Découpons... ce... permafrost graisseux... , lààà, je vais pouvoir faire une digue avec ces rondins blancs !! Bon sang, ce truc est insécable, va falloir y aller à la masse ! Bam, bam !! Ça y est, ça cède ! Je vais bourrer ça dans la brèche ! Victoire, me voilà temporairement sauvé. Vite, plus le temps de chômer, il faut tailler large vers le sud ! Tchac ! Tchac ! Yeah, nous voilà en vue de la vallée ! Il va encore falloir passer par ce boyau étroit... Seigneur, on y voit rien, et je n'ose pas allumer, je pourrais tomber sur des singes cannibales ou des pirates cryptocommunistes... Tous ces bruits, ces gargouillements étranges... Tant pis, plus le temps de prendre des précautions : je fonce !! Tchac, prenez ça, lianes gluantes, platch, bam, je vais pas me laisser avoir, vous m'aurez pas, z'entendez ??? Ahahahah !!!

...

- Alors, docteur ?
- Je suis désolé, on n'a rien pu faire. On a tout tenté, soyez-en sûre. C'était quelqu'un de sédentaire, peu d'activité physique, le cœur fragile, si fragile... Toutes mes condoléances.

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N° 7
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"Quatorzièmement, embrasser Millie". Raoul fait les cents pas dans sa cellule. Il ressasse la liste interminable des choses qu’il fera quand il sortira, comme une litanie. Les gars font tous ça, dans le bloc. Millie, avant, c’était sa voisine. Elle était assez jolie, elle avait la peau couleur de miel, de belles boucles noires et des jupes rouges à pois blanc. Si ça se trouve, depuis, elle est morte ou bien partie. Peut être qu’elle est mariée. Peut être bien qu’elle n’est plus du tout jolie. Mais ça, ce sont des choses auxquelles il ne faut pas penser, parce que sinon ça vous transperce soudainement l’âme et le cœur ; ça vous laisse là suffoquant, comme un pantin. Alors il vaut mieux reprendre la liste, inlassablement. Millie, elle aimait les animaux. Elle en avait des tas. Des chats, des chiens, quelques poissons rouges, mais aussi deux perroquets et même une petite bestiole étrange, avec une longue queue. Une gerboise, ça s’appelait. Lui, il n’avait jamais osé sonner. Il restait là, devant la porte, son béret à la main, et puis finalement, il retournait chez lui, penaud et le cœur un peu gros. Mais enfin, tout ça ça ne change rien, il faut reprendre la liste.

"Quinzièmement : aller manger dans le petit troquet, près de la gare." C’était pas trop cher, et puis ma foi, ce n’était pas mauvais. Une belle miche de pain dorée, avec une croûte épaisse et une mie bien souple. Il la coupera en deux et puis il mangera ça avec une belle tranche de lard, et peut être un verre de vin si l’argent ne manque pas. Il regardera la lumière danser sur le verre à pied. Ca le changera de son bol de soupe quotidien, et de ce pain si dur, insécable.
Tout ça, bien sûr, si le troquet ça n’a pas fermé. Mais il faut oublier que pendant qu’il arpente cette pièce minuscule, les choses sont là, derrière, qu’elles vivent et qu’elles respirent. Oublier que le monde change et ne change pas, que des vieillards sont morts, que les voitures vont plus vite, que quinze fois déjà les arbres sont devenus chauves. La liste. Uniquement la liste.

"Seizièmement : apprendre le dictionnaire par cœur." Parce que quand on connaît les mots, on peut se défendre, et aussi dire de belles choses aux dames. Un jour, il a entendu quelque chose qui commençait comme ça : « O toi qui m'apparus dans ce désert du monde ». Il n’a pas vraiment compris ce que ça voulait dire, mais il a trouvé ça beau. Alors il s’en souvient, et quand il sortira il cherchera dans le dictionnaire ce que ça signifie. Raoul, il ne parle pas si bien français que ça. Ses parents viennent d’ailleurs, d’un pays blanc ou l’on parle une langue gutturale, grave et rauque. C’est la mélancolie qui a forgé cette langue. Dans ce pays lointain, sous les pas des hommes et des bêtes, le sous sol est gelé. Ça s’appelle le permafrost. Ça, Raoul, il le sait. Mais cryptocommuniste, non, il ne savait pas. Alors quand on lui a demandé au procès si il l’avait été, il a dit que oui, peut être, c’était possible; il ne savait pas trop. Il a eu l’impression que c’était ce qu’on attendait de lui, que ça ferait plaisir à cet homme sévère qui le surplombait, drapé de pourpre et d’orgueil. Et puis on l’a transporté dans cette cellule, entre ces quatre murs qui le broient. Son seul horizon depuis quinze ans, ce sont ces cloisons grises dont il connaît chaque détail, chaque recoin, chaque concavité. Avant il aimait courir la ville. Parfois il dormait sous un pont, pour se sentir plus proche de cette ogresse amante et maternelle qu’est la cité. Il se sentait nomade, croyait qu’il était fait pour vivre sous les étoiles pâles des réverbères, pour danser sur le pavé, pour courir dans les caniveaux. Mais maintenant il est sédentaire. Et peut être à jamais. Mais à ça non plus il ne faut pas penser. La liste, vite.

"Dix septièmement: se rendre dans le pays blanc."

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N° 8
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Auto-critique

J’ai baissé ma garde. En deux coups de cuiller à pot, je me suis fait infiltrer par une bande de cryptocommunistes.
Enfin, une bande... faut pas exagérer non plus. Six membres ne font pas une cellule.
Tout ça, c’est la faute à Simone Bourrel. Une cellule, c’est insécable, qu’elle disait. Sinon, ça devient du déviationnisme et nous on ne mange pas de ce pain-là. Il nous en faut une rien qu’à nous, parce que la treizième, c’est que des laquais de l’impérialisme bourgeois. Et moi, comme un pauvre crétin, je l’ai crue.
J’aurais dû me méfier. Avec ses petits yeux chafouins, et cette manie qu’elle a de se frotter les mains sans arrêt, on dirait une gerboise en chaleur. C’est vicieux, une gerboise. Je sais, on en avait une quand j’étais petit. Trois jours, ça nous a pris, avant de réussir à la coincer dans une concavité et à l’abattre quand elle est devenue enragée. J’aurais dû m’en douter. Simone Bourrel, c’est rien qu’une hyène dactylographe.
Elle a ramené trois copines à elle qui m’ont servi de l’internationalisme prolétarien en veux-tu en voilà, tellement que j’en suis resté baba d’admiration. Elles avaient même préparé une motion en quatorze points, parce qu’on était la Quatorzième. Tout y était. Même les conséquences nécessaires et prévisibles.
Et puis elle a ramené Gérard Lambert, un pur et dur, qu’elle disait. Et comment j’aurais pu deviner, moi, que c’était pas le petit frère de Pierre ? Je suis certain que la Bourrel, elle l’a fait exprès. Rien que pour m’humilier. Après, elles se sont bidonnées pendant des jours toutes les quatre, en me traitant de compagnon de route naïf et indécrottable. C’est là que j’ai compris que c’étaient toutes des vipères lubriques. Et que la Bourrel, c’est sans doute une social-traître au service de la bourgeoisie corrompue. Sinon, pourquoi les treize autres cellules auraient coupé tous les ponts avec nous ?
Plus personne ne nous adresse la parole. La dernière réunion inter-cellules, et ça a vraiment été la dernière, l’atmosphère était si glaciale qu’on se serait cru au Goulag. Il y avait pas besoin de creuser pour trouver le permafrost. Ou alors, on y aurait trouvé nos cadavres
Mais je m’en fous. Depuis, je suis devenu le plus sédentaire des activistes. Parce que Lambert, il est beau comme un dieu. Le jour où il est arrivé et qu’il a lu la motion des quatre autres pétasses, là, je n’ai pas réussi à résister jusqu’à la fin. Il avait à peine prononcé “quatorzièmement” que je jouissais. Ça m’était encore jamais arrivé, jouir juste en entendant la voix d’un mec. Je pourrais rester des heures à le regarder rédiger les comptes rendu de réunion et tirer les tracts. Rien que voir glisser ses longs doigts si peu prolétariens sur le papier, ça me met la prostate en folie. En fait, je reste des heures entières à le dévorer des yeux. Le collier, les chaînes et les menottes, c’est pas un problème, on finit par s’y habituer. Lambert, c’est vraiment un pur et dur.

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N° 9
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La cellule familiale de la gerboise est insécable, c'est un groupe soudé qui vit de manière sédentaire.
C'est le contraire de l'ours blanc qui lui est solitaire mais, et c'est sa distinction par rapport aux autres Ursidés, ce gros mammifère est migrateur.
Ces deux espèces animales ne se ressemblent seulement qu'au fait qu'elles vivent dans un milieu désertique, les unes dans la chaleur des tropiques et les autres dans le froid glacial des pôles.

Or le réchauffement climatique produit de grands bouleversements et perturbent inexorablement la faune. Même le permafrost, terme qui désigne un sol en permanence gelé dans les pôles, est en train de fondre et va libérer une quantité incroyable de méthane, gaz à effet de serre très actif.

Placer quatorzièmement la lutte contre toute forme de pollution n'est pas une attitude responsable, ce doit devenir notre priorité, nous devons sauver notre terre.
Arrêtons de nous cacher, de faire comme ces cryptocommunistes par exemple, qui n'osent affirmer leurs positions, ne dissimulons plus nos convictions et remplissons la concavité de nos cerveaux avec de beaux desseins, de fermes intentions de changements.

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N° 10
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CITATION
Le propos de ce petit texte est bien délimité : quels sont les différents niveaux de l'analyse du discours de vulgarisation scientifique (v.s.) ?

(extrait)


La perspective choisie sera diachronique. Mais on verra qu'elle est aussi synchronique dans la mesure où les approches successives persistent et conservent toute leur actualité.

Est considérée comme vulgarisée toute pratique discursive qui propose une reformulation du discours scientifique. Par discours scientifique on entend communication de spécialiste destinée à d'autres spécialistes. Il use d'une « langue » particulière, de terminologies. On le désignera comme discours source, ésotérique et légitime. Le cas type de discours scientifique correspond à un article publié dans une revue scientifique (diffusée spécifiquement dans la communauté des pairs et lue uniquement par des spécialistes de la même discipline).

La délimitation que nous venons d'opérer en traçant les frontières de ce que représente le discours scientifique marque simultanément une extériorité, un au delà. Tout autre discours à prétention scientifique sera reformulation, parole exotérique et non légitime voire cryptocommuniste. Ainsi se définit un objet pur et idéal (le discours scientifique) et tout un cortège de reflets plus pâles, vulgaires (les discours non scientifiques : vulgarisation, enseignement, information...) qui se contentent de paraphraser, reformuler et traduire l'ésotérisme du premier tout en restant insécable.

Cette délimitation de l'extériorité d'un discours masque une argumentation d'autorité. On verra plus loin qu'il s'agit d'un point de vue, d'un parti pris ou plutôt choisi : le discours de v.s. n'a pas de véritable identité. Le définir c'est déjà prendre parti dans l'analyse que l'on veut en faire. Le discours de v.s. ne possède pas de définition stable et reconnue : il est pluriel. Diversité des scripteurs, pluralité des moyens d'expression, dispersion des intentions didactiques, informatives et distractives... la v.s. s'échappe du carcan dans lequel l'observateur cherche à la contraindre bien que demeurant sédentaire.

L'approche sémiotique du discours vulgarisé suppose un va et vient dans l'intertexte : réseau qui se tisse entre le discours scientifique, sa reformulation et sa réutilisation ; ce qui s'efface compte tout autant que ce qui persiste - on ne peut lire les uns sans avoir à l'esprit la trace des autres ce sera le parti pris de cette analyse. On verra que parti d'une conception naïve du projet vulgarisateur (projet qui s'actualise dans le credo de ses acteurs) telle qu'elle s'est dite avant les années 60 on en viendra, in fine, à replacer la v.s. dans la conception Wébérienne (actualisée par BOURDIEU) du champ scientifique. Dans ce nouveau paradigme l'exposition, la diffusion, la vulgarisation et la popularisation représentent des moyens synergiques orientés par les stratégies de lutte dans le champ scientifique.

« Une vérité scientifique est impersonnelle et n'est pas affectée dans son essence par le moyen linguistique particulier qui l'exprime ; elle a surtout autant de portée en chinois qu'en anglais ; mais il lui faut s'exprimer, et s'exprimer linguistiquement. En réalité la conception d'une vérité scientifique se fait par un processus linguistique, puisque la pensée n'est autre que le langage dépouillé de son enveloppe extérieure. Le moyen d'expression approprié d'un énoncé scientifique est donc un langage généralisé et symbolique dont toutes les langues connues sont des traductions. On peut traduire très exactement la littérature scientifique parce que l'expression scientifique initiale est elle-même une traduction de symboles »

Une telle affirmation fonde en droit l'activité des vulgarisateurs : les terminologies scientifiques ne seraient que des masques, d'inutiles oripeaux dans lesquels les savants cacheraient des choses à dire en fait presque élémentaires. L'art du journaliste vulgarisateur consisterait d'une part à retrouver la nudité de la vérité scientifique et à la traduire dans une langue, plus simple, à la portée de tout un chacun. En fait une telle opinion n'est propre ni au lecteur moyen, ni au vulgarisateur. Les scientifiques eux-mêmes sont très critiques vis à vis du jargon des sciences... autre que le leur et le mépris dans lequel des spécialistes des sciences « dures » tiennent les terminologies de la linguistique ou de la sociologie est immense.

Cette conception de la v.s. pourtant ne peut s'appliquer qu'à un champ très restreint de la science. On ne la rencontre guère que dans les taxinomies descriptives : domaine de l'observable comme l'histoire naturelle (zoologie, botanique, géologie ou même une partie de l'astronomie et de la médecine...) Les objets, les choses et les parties à reconnaître ont été nommés et classés dans des codes systématiques souvent anciens (permafrost) pour remplacer des termes plus modernes tels que cellule, concavité, gerboise.

Quatorzièmement et finalement :

Voulant analyser la v.s. comme outil d'éducation du plus grand nombre, les spécialistes de la communication ont oublié de s'intéresser aux effets plus manifestes et plus importants sur des groupes restreints, mieux ciblés qui pourront ensuite réutiliser les concepts appris auprès des groupes avec lesquels ils entretiennent des relations sociales.
FIN DE CITATION
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* 12/07/2010, 01:25
Message #3
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N° 11
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Il était une fois une princesse blatte qui vivait dans un château très loin, très très loin.
Et donc, tout le monde s'en foutait parce que, justement, c'était loin.
Par contre, tout près, vivait une gerboise alcoolique que les gens aimaient bien malgré son haleine chargée. Du matin au soir, elle faisait la tournée des troquets, enfilant les p'tits verres de Fernet-Branca.
Elle portait, été comme hiver, un gigantesque sombrero, orné de petites saucisses cocktail qu'elle achetait tous les matins à la superette. Personne n'a jamais su pourquoi. Le seul à lui avoir posé la question fût un touriste Danois, un jour. Mais comme la gerboise lui répondit dans sa langue et que le danois on n'y entrave que dalle, on ne saurait vous détailler les propos échangés.
On soupçonna longtemps que la gerboise vivait de ses rentes puisqu'elle n'avait apparemment aucune activité rémunératrice. Elle avait cependant toujours de l'argent sur elle, les jours pairs en petite monnaie, des piécettes reluisantes qu'elle exhibait fièrement en expliquant qu'elles les avait briquées au dentifrice.
Les autres jours, c'était de gros billets, rangés dans un paquet de Maïzena.
Évidemment avec tout le temps libre qu'elle avait, la gerboise passait de longues heures à lire ou à regarder les chaînes culturelles. Elle était fort érudite.
Les petites vieilles qui faisaient les mots croisés du journal ne manquaient pas de s'adresser à la gerboise pour les définitions les plus difficiles. On découvrit ainsi l'existence des mots « permafrost » ou encore « insécable », ce qui éleva sensiblement le niveau de vocabulaire de la région toute entière.
Un jour, vers 17 heures, elle expliquait quelques grands principes de la physique moderne à un représentant en épépineuse à groseilles totalement subjugué :
« - Quatorzièmement, la concavité du tissu temporel... »
lorsqu'elle fût interrompue par un pigeon voyageur qui se percha sur le comptoir. Il lui piqua une ou deux fois la tête du bec et, étrangement, ne roucoula pas. Non, il sonna : dring, dring !
Aucunement surprise, la gerboise s'en saisit et le colla à son oreille.
Les clients du café, polis, s'écartèrent pour lui laisser un peu d'intimité mais ils entendirent tout de même quelques bribes de la conversation. Et l'on su, plus tard, qu'il avait été question de « réactivation de la cellule 17 », de « gaufrettes à l'abricot » et de « Sihks nauséabonds »
De ce jour, on ne vit plus que rarement la gerboise. Elle, autrefois totalement sédentaire, ne refit que de courtes réapparitions entre deux voyages vers des contrées bien trop éloignées pour qu'elles nous intéressent.
Personne ne connut jamais le sens du mot cryptocommuniste.
Et c'est quand même bien dommage.

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N° 12
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Seize heures, tenir jusqu'à seize heures. Tenir jusqu'à ce que la crête rocheuse qui me surplombe daigne enfin dévorer l'obsédant visage du bourreau de lumière qui me torture depuis midi. Midi dix-sept, précisément.

La preuve n'est pas dans les livres saints ni dans les paroles des prophètes, pourtant en cet instant ma tête ivre de soleil n'est plus convaincue que d'une chose : Dieu existe.
J'ai imprimé mes semelles sur la surface du globe, et j'ai vu au fil de mes périples des tableaux insensés dépeints par la nature, de ceux qui dépassent le talent des hommes mais dont l'orgueil les fait d'instinct penser qu'un Supérieur à leur image en est le créateur. Dieu n'est pas dans les vagues noires de l'océan en transe ni dans celles, jaunes et ocres, des déserts de sable. Il n'est pas dans le permafrost des terres arides aux murmures blancs qui s'étendent à l'est, ni dans l'étalage indécent de la palette des verts des forêts tropicales. La vie n'a pas attendu le doigt du Créateur pour donner aux poissons-vipères la permission des abysses, pas plus que la minuscule gerboise n'a besoin du conseil divin pour conquérir les sables torrides du Sahara. Et Dieu se fout du monde, de vos prières, et ne prête pas plus attention au gosse pouilleux des favelas de Rio qu'à l'agent cryptocommuniste infiltré en Corée du Sud, à l'aborigène aux pieds nus du bush australien, au richissime connard dans son palace d'illusions, à la môme qui vend des hamburgers à New York, Dehli ou Prague, au vieillard analphabète rendu sédentaire par ses jambes dévorées par l'âge, au petit pion interchangeable qui se demande, derrière son bureau du troisième étage, s'il est bien nécessaire d'ajouter ce quatorzièmement à son rapport.

Dieu se fout de vous, mais Dieu s'ennuyait et s'est penché sur moi.
La fatalité aurait pu faire goûter à un homme une chute de six ou sept mètres dans une crevasse rocheuse, broyer sa jambe droite jusqu'au genou sous une demi-tonne de roche et le laisser rendre l'âme ainsi ancré, le dos contre un sol haché par un chaos des pierrailles, sous un soleil de plomb. Mais seule la main d'un être supérieur a pu vouloir protéger à mon poignet, sans la moindre rayure, le petit disque de verre et son obscène tic-tac qui me fournit, depuis plus de quarante-deux heures, le minutage précis de mon calvaire.

Brille, brille, c'est ça. Venge-toi de mon impiété. Fais moi sentir, à travers les cellules agonisantes de mon épiderme, combien je mérite mon sort. Treize heures cinquante-cinq minutes. Vingt secondes. Vingt-et-une. Vingt-deux. Combien encore jusqu'à ma mort ?
Hier, à cette heure-ci, il me semble que je me battais encore pour dégager ma jambe. Les nuages masquaient alors en une insécable toile le disque solaire, me laissant à l'abri des aiguilles de feu durant toute la journée. Comme pour mieux me concentrer sur la douleur, et sur ce combat perdu d'avance. Dégager ma jambe, enfin ce qu'il en restait, et puis tenter de marcher, gagner une route. Trouver quelqu'un. Hier, à treize heures cinquante-cinq, j'y croyais encore. Durant la nuit, l'épais tissu des nuages s'était déchiré, et depuis l'aube l'harassante étoile travaillait avec acharnement à l'évaporation minutieuse des fluides de mon corps. Tenir, jusqu'à seize heures. C'est à ce moment que devrait s'amorcer la disparition de l'astre derrière la masse rocheuse qui me domine. Ainsi, la concavité de la paroi étendra son ombre à ma tête, mon buste, ma taille, ma jambe, et le rocher, et alors je pourrai commencer à travailler. Il faudra d'abord tailler la pierre, je sais déjà laquelle. L'aiguiser, en faire une lame qui découpera la toile brunie de sang de mon pantalon, et qui me masque encore ce que je ne me résous toujours pas à voir. Mordre ensuite la chair. L'os, peut-être, mais je le crois déjà brisé. La douleur n'est qu'un message délivré au cerveau. Oublier le messager, et faire ce qui doit être fait. Je ne peux plus attendre. Seize heures, tenir jusqu'à seize heures.

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N° 13
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Insécable cryptocryptude

Ce retrait de soi que je jette en passant dans ma cellule,
pour ne pas dire ce mal latent, le cryptocommuniste bulle,
concavité qui n'espère plus rien de ses pâles initiatives,
seulement quelques bribes inutiles de peines abusives,
doux poème de gerboise apeurée s’enfuyant
dans un silence assourdissant.
S'en tenir au crépuscule, à ses peurs d'enfants,
le temps rattrape toujours les mots impatients.
Combien de ces mots depuis le temps
dix, onze, douze, treize, quatorze,
peut-être quatre orzes
Quatorzièmement, dans ce va et vient incessant,
quand approche l'esquive
d’une rime grivoise, un vers le soutenant,
permafrost de ce jeu sibérien, insécable intemporel,
le poète dévoile ce qui n’est qu’apparence,
comme une consolation de cette mélancolie oisive,
sédentaire et végétative.

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N° 14
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- Cryptocommuniste ?
- Je ne pense pas, la politique en tant que telle ne l'intéresse pas, même s'il a approché des cellules anarchistes. Mais quatre ans en URSS, il a des relations, c'est certain. Sédentaire. Salaire de misère, il travaillait la journée comme serveur dans un troquet près de la Moskova. Il a logé deux ans et demi dans un petite chambre de bonne dans la banlieue sud, avant de s'installer tout aussi chichement chez un ami en centre ville. Mais je doute...
- Vous doutez beaucoup, Salim. Dans le fond, je me fous de savoir qui il est et ce qu'il sait. Je sais une chose, en revanche : notre cher ami aurait dû passer l'arme à gauche il y a un mois de cela ; au lieu de ça nous sommes assis là, à nous demander où il peut bien gambader à l'heure actuelle. Je vous ai confié l'opération « gerboise du permafrost », vous aviez trois hommes avec vous, et par je ne sais quel miracle vous vous débrouillez pour le manquer.
- Il a pu être blessé. Il s'était plaqué contre la paroi, dans une espèce de concavité de la roche. C'est sans doute pour ça que...
- J'ai lu votre rapport, Salim, ne me refaites pas le film. J'ai lu vos formules alambiquées, vos "tout d'abord" et vos "quatorzièmement", où vous tentez simplement de masquer que vous avez merdé. Je vous laisse une chance, c'est la dernière. N'oubliez pas Salim, nous sommes liés, nous formons une petite famille, un lien fraternel, insécable nous unit pour le meilleur et pour le pire. Je sais que si vous échouez on ne me fera pas de cadeau, mais avant d'en arriver là je m'assurerai de vous faire bien comprendre... l'étendue de ma déception. Me suis-je bien faite comprendre ?
- Parfaitement Madame.
- Bien, alors au boulot.

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N° 15
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Imaginez-vous devant un mammouth de quelques 3m75 de haut !
Cet animal mythique sédentaire a alimenté les légendes les plus fantastiques sur son sort.
Les expéditions scientifiques conduites notamment dans le permafrost Sibérien par des cryptocommunistes avertis ramenant des ossements ont permis de considérer le mammouth, non plus comme une créature mythique mais comme un animal ayant bel et bien existé.
Grâce à des pièces insécables, des ossements, des reconstitutions, des représentations artistiques… l’exposition vous emmène au temps des mammouths laineux il y a 20 000 ans.
Différents thèmes sont abordés :
premièrement son environnement,
deuxièmement son alimentation à base de gerboises et de cervoises,
troisièmement son anatomie,
quatrièmement sa croissance,
cinquièmement sa reproduction,
sixièmement le climat où il a vécu,
septièmement la végétation
huitièmement la faune
neuvièmement la cohabitation avec l'homme,
dixièmement la source de nourriture pour l'homme
onzièmement l'utilisation de la concavité des défenses du mammouth pour l’habitat,
douzièmement la collecte des os pour l’artisanat
treizièmement la fabrication de bijoux à base de mammouth
et quatorzièmement la disparition de l’espèce et l’éventuel clonage de ses cellules.

Image attachée


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N° 16
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Les récits de voyage du grand explorateur Pataquès

… et pour conclure mes aventures dans cette contrée oubliée du grand Nord, je vais vous parler brièvement de mon retour vers la civilisation.

Il fut épique, sachez-le, car votre serviteur a bien faillit finir ses jours au fond d’une cellule décrépie de la capitale et tout ça pour soit disant le vol d’une gerboise à un gamin !!!!!

Comment une petite bête aussi fragile pouvait bien tenir le coup dans ces contrées inhospitalières, en permafrost continu, est encore aujourd’hui un mystère pour moi !

Deux jours après mon arrestation, un des gardiens patibulaires et que je soupçonnais d’être un cryptocommuniste, m’apporta enfin à manger ! Enfin, à manger c’est beaucoup dire : un quignon de pain rassit qui foutrait les derniers chicots d’un pauvre hère en l’air, insécable, immangeable et de l’eau croupie à faire passer les dragées fuca pour une plaisanterie ! Bref, serrage de ceinture pour moi ! Plutôt mourir !

Le lendemain, mes geôliers se décidèrent enfin à me sortir de ma concavité si accommodante pour me faire la lecture de l’acte d’accusation. Je vous passe la longue litanie des arguments et autres articles du code civil, moi-même ayant somnolé la plupart du temps. Ce n’est qu’en entendant le juge prononcer d’une certaine manière le « quatorzièmement » que je sus mon calvaire proche de la fin.
Je n’avais plus qu’à entendre la sentence, mon avocat commis d’office et ne comprenant pas ma langue ayant fait preuve d’un zèle proche de zéro, je me disais « t’es foutu mon petit père ! Toi le grand voyageur, tu vas être condamné à devenir sédentaire dans une pièce de 2 m² »

Et bien, les miracles existent ! Si, si… Avant que le juge ne termine sa phrase, une virago défonce quasiment la porte du tribunal en tenant par l’oreille le gamin propriétaire de la gerboise ! Celui-ci se démène furieusement et essaye d’échapper à la vigilance de sa gardienne mais celle-ci a, d’après ce que je constate, la poigne aussi solide qu’un lutteur de sumo. Elle hurle alors dans leur dialecte si élégant que le gamin a menti, que l’étranger n’a rien volé mais que son fils a mangé son animal la veille de mon arrestation « pour goûter » dit-elle ! J’en aurais pleuré de joie mais encore fallait-il que le gamin avoue au juge !

Je ne sais si c’est le lieu dans lequel nous nous trouvions, la mise impressionnante du juge ou si c’est la crainte de voir son oreille s’allonger définitivement sous les doigts de sa mère mais au bout de dix minutes, il avoua tout et je pus enfin reprendre mon souffle.

Je fus relâché dans la minute et je pense que c’est la première fois que j’ai quitté aussi vite un pays de ma vie ! Tout avait si bien commencé six mois auparavant, des rencontres exceptionnelles, des animaux magnifiques et des paysages à couper le souffle qui m’ont fait oublier le froid permanent et tout cela a faillit être gâché par les découvertes culinaires d’un morveux boutonneux !

Moralité : en voyage, rester prudent, tout peut vous arriver, le pire comme le meilleur.

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N° 17
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Le portrait

La touche est délicate, le teint diaphane, la gamme chaleureuse : de belles lumières orangées sculptent le visage, le font émerger du fond noir. Les lèvres sont épaisses et sensuelles, deux pétales naccarats; bouche de sainte et de putain, capables sans doute d’offrir au sein d’un même baiser les parfums éthérés des anges et la lourde fragrance de Messaline. Une étrange crispation des mains, presque imperceptible, contraste avec la sérénité du visage : les longs doigts fins enserrent plus qu’ils ne caressent un petit rongeur exotique aux yeux clos, et l’on a peine à savoir si cette gerboise, prise dans l’écrin de ces deux mains si délicate, repose sous le manteau d’Hypnos ou sous celui de son jumeau.
Au centre des orbites, légères concavités marquées d’une ombre douce, les yeux sont d’un gris froid, tirant légèrement vers ce vert que l’on nomme céladon. Le regard est inexpressif et perdu dans le vide.
L’ombre des cils ourlés cèle sans doute un secret à la lumière qui frappe de plein fouet le visage. De même, dans le pays ou naquit cette damoiselle, lorsque l’été le soleil darde ses rayons, la terre garde en son cœur le plus précieux de ses trésors : la glace éternelle, le permafrost, l’eau condamnée à ne jamais courir. C’est cette eau pétrifiée qui noie le cœur de la jeune femme, qui la fait suffoquer, qui lui fait entrouvrir les lèvres pour laisser échapper un léger soupir, un frémissement qui se veut un « A l’aide » et qui n’est qu’un Adieu. C’est une lame insécable qui déchire ses entrailles, c’est le vent qui murmure ce qu’elle veut oublier, c’est l’éternelle morsure, amère et douloureuse. Seuls peuvent comprendre ceux que les Erinyes poursuivent sans relâche, ceux qui vivent dans l’ombre de leurs ailes déployées : il existe entre eux une triste connivence : ils se reconnaissent d’un regard, se font signe, esquissent un timide sourire, puis s’en retournent à cette algie qui pèse perpétuellement sur leur âme ; le fardeau de ceux qui regrettent.
Et c’est cette affliction commune qu’a reconnue le petit préposé à l’inventaire des tableaux : un petit fonctionnaire à la face un peu laide, au nez un peu trop gros, à l’âme un peu trop fruste. Cet homme ordinaire, qui n’a jamais voyagé, ce sédentaire né connaît pourtant l’errance, l’exil, la solitude des âmes qui n’oublient pas ce qu’elles ont fait un jour.
Après la révolution, portée par le soudain réveil, fulgurant, des masses cryptocommunistes, une politique iconoclaste a été mise en place : on connaît trop bien les ravages de l’art au sein d’une âme peut être trop sensible, ou bien –scandale- trop libre. Le petit préposé déambule donc patiemment dans les couloirs déserts de l’ancien musée, dressant consciencieusement l’inventaire des merveilles vouées à l’autodafé. Mais devant la jeune fille, devant ces deux mains dont la légère contraction raconte tant de choses, il reconnaît le léger bruissement des rémiges d’Alecto, Tisiphone et Mégère, il aperçoit leur ombre et l’éclat de leurs yeux. Alors il se dirige vers le tableau suivant, et note :
Quatorzièmement, un paysage nocturne, de facture classique. Auteur inconnu.
Puis il revient en arrière, et se saisit de la toile sur laquelle jadis l’on peignit, peut être sans la voir, cette douleur si vive, et, avec toute la délicatesse dont il est capable, il marche d’un pas lent à travers le musée, et monte les escaliers poussiéreux, vers le grenier, ce royaume des épeires, cette cellule grisâtre et protégée du monde. Il sait que personne n’y viendra avant des années, et, une fois parvenu à son but, il dépose doucement la toile contre le mur, face contre la cloison, le châssis apparent : les yeux cachés à ce monde qui jadis les fit tant pleurer. Sa sœur de douleur, endormie, enfin.

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N° 18
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Libre comme le vent et versatile comme une gerboise, il allait de cellule cryptocommuniste en meeting néo-libéral avec une insécable constance jusqu'au jour où il fût arrêté par un shérif chaleureux comme le permafrost. Celui-ci lui débita une litanie de chefs d'inculpation dont un retint son attention : "... Quatorzièmement, les SDF ne sont pas les bienvenus dans cet état !". Devenu sédentaire par la force des choses et de la loi, il médite depuis sur la concavité des murs de sa cellule.

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N° 19
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Journal d'un Homo "Sapionce"

J'arrive à un âge respectable où, malgré mes intenses réflexions, je me cherche encore ! Cruelle hésitation : cryptocapitaliste, cryptocommuniste ou cryptoécolo.... qui trouble mon sommeil.
Après mes périodes rouge, rose et bleue, cédant à la mode actuelle et au pessimisme ambiant, j'attaque ma "période verte".
Etant d'une nature sauvage et sédentaire, j'ai besoin, pour méditer sur l'avenir de la terre, de me pelotonner dans l'intimité d'une cellule monacale, telle une gerboise apeurée au plus profond de son terrier.
Allongé sur une riante paillasse de chaume (Ris donc ..Paillasseuuuuuuuu !!), recroquevillé en position foëtale, je serre précieusement, dans la chaleur de ma concavité, les derniers ouvrages à la mode de scientifiques de renommée mondiale : Igor et Grichka (les frères Ganache), N.Hulot, C.Allègre, Y.Arthus-Bertrand ! (IMG:style_emoticons/MystAventure/dents.gif)
Apres un article sur la prochaine disparition du Pergelisol (j'évite le terme anglais de Permafrost qui me ramène systématiquement à mes problèmes sexuels), j'attaque l'interminable liste des conséquences du réchauffement climatique ; le quatorzièmement me donne froid dans le dos ; devant les restrictions d'eau planétaires qui s'annoncent, le gouvernement envisage la suppression totale et définitive du "petit jaune", institution provençale et nationale.
La Terre s'enrhume et l'Homme est son microbe.
Oscillant entre angoisse et colère, j'essaie de déchirer ces ouvrages de malheur !
Impossible ! Ils n'ont rien d'autre à foutre que d'écrire des milliers de pages indigestes et insécables.
Décidément, en attendant que l'Homme finisse de se détruire (ceci est logique ; les mécanismes qui l'ont conduit à dominer le monde, vont provoquer sa chute), je vais aller me recoucher !
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